Isolation extérieure sur tôle par végétalisation (article paru dans la revue "fluvial" n° 146 en octobre 2004)

Comment avez-vous fait, l'été 2003, pendant la canicule, dans votre logement de marinier, avec vos plafonds et murs en bonne tôle d'acier ?
Comme c'est souvent le cas, dans un logement de marinier, mon isolation était un peu mince, pour ne pas perdre trop de hauteur sous plafond, et si la laine de verre est vraiment efficace contre le froid, en revanche, lorsque le soleil tape...
Alors, comme j'étais à ce moment-là, stationné sur la Marne, avec un branchement électrique, j'ai arrosé, du matin au soir...avec un simple tuyau percé de jardin, et ça a été efficace, mais ce printemps, j'ai dû refaire toutes les peintures, incrustées de dépots de calcaire laissant de vilaines traces blanchâtres.
Il fallait trouver une solution...

Elles sont nombreuses, souvent coûteuses. Dans le cas présent, la seule possibilité était d'intervenir à l'extérieur, et quels que soient les matériaux choisis, se posait le problème d'étanchéité, et de pérennité des matériaux.
C'est alors que j'ai découvert (grâce à internet...) une technique qui n'est pas toute neuve, mais qui commence seulement à se développer, c'est la végétalisation des toitures. Quelle bonne idée... Utiliser une couverture végétale comme isolant. Sur une péniche, on pourrait même installer une pelouse, pourquoi pas ? L'eau est à discrétion, alors que sur le toit d'une maison ou sur une terrasse, il faut implanter des végétaux particulièrement résistants à la sécheresse...
Traînez donc un peu en Bourgogne,(ou dans d'autres régions de pierre...) en prenant les petites routes départementales et en roulant au pas en traversant les villages. Intéressez-vous particulièrement aux murs entourant les châteaux et les cimetières...Vous découvrirez que de nombreux murs de pierres sont couverts de plantes de diverses couleurs, dont les feuilles ressemblent à de petites massues plus ou moins rougeoyantes, et qui de juin à septembre s'illuminent de fleurs blanches, roses ou jaunes. On dirait des plantes grasses, et pour faire savant, je vous dirai qu'il s'agit d'une famille végétale très particulière, les "Crassulacées", sortes de plantes des micros-déserts que constituent ces vieux murs, ces toitures de pierres, de lauzes ou de vieilles tuiles. On en trouve partout en France dès que quelques pierres sont empilées les unes sur les autres, et qu'un peu de poussière a permis la germination de ces plantes étonnantes, capables de se passer d'eau pendant des semaines, voire des mois ...

Pour ma part, j'ai eu une chance extraordinaire. Alors que j'étais parti en chasse,- car si des sociétés se sont spécialisées dans ces productions, le prix au mètre carré reste souvent dissuasif -, j'ai découvert le long d'une route filant parallèlement au mur d'un cimetière, que la bande d'un mètre de largeur séparant le goudron du mur était une véritable pépinière de ces Crassulacées dont les graines tombées du sommet du mur ont germé comme au paradis sur cet espace de poussière de la rue...
Avec une truelle, j'ai pu décoller des plaques de quatre à cinq centimètres d'épaisseur, de quoi couvrir les trentes mètres carrés du logement de marinier de mon bateau...(pour un poids d'environ 400 kg)
La mise en place : parlons pratique...
Sur la tôle parfaitement peinte, bien sèche, j'ai étalé un film de polyéthylène épais vendu en jardinerie en panneaux de 4 m x 5 m, maintenu vers l'extérieur par quelques pierres plates calcaires,récoltées dans des ruines, elles-mêmes appuyées à la petite bordure métallique verticale qui canalise l'eau de pluie comme une gouttière, sur lequel j'ai disposé les unes contre les autres mes plaques de Crassulacées. Un arrosage léger pour assurer un bon tassement sur le film plastique, et c'est tout...Pas mal de fourmis sont venues avec les plaques, et à regret, j'ai mis quelques boites-pièges pour m'en débarrasser, car des fourmis à bord, c'est pire que des rats...
Trois mois après, le résultat est surprenant : la capacité d'absorption des plantes sur leur faible support de terre est telle qu'après plusieurs heures de pluie, pas une goutte d'eau n'est arrivée sur la coursive...
Et après deux semaines au soleil, ce n'est qu'un ravissement à regarder...
J'ai agrémenté cette couverture de quelques autres variétés de plantes grasses trouvées là encore dans la nature, introduisant ainsi d'autres couleurs.
L'extérieur du toit supportant des jardinières arrosées régulièrement, je n'ai pas résisté à l'envie d'implanter un pied de digitales qui me tendait ses belles clochettes dans un fossé en bordure d'une petite route de Corrèze....
Quant à l'isolation, c'est tout simplement remarquable. C'est comme si, lorsque l'ensemble de la couverture végétale est humide, l'évaporation, dès les premiers rayons de soleil, assurait le rafraîchissement du substrat, en l'occurence, de la tôle du toit. Et je n'entends plus la pluie tambouriner sur la tôle !
Après plusieurs jours de soleil, il semblerait que pour leur fonction chlorophyllienne, les petites plantes absorbent une grande partie de l'énergie solaire qui frappe sur le toit...
Et dans la durée, me direz-vous ?
Et bien on verra... Si je constate par exemple un peu d'oxydation sur la tôle, rien ne sera plus simple que de tout enlever à la truelle, soigneusement, de repeindre le toit, changer l'isolant, et tout remettre en place...Le coût est dérisoire, si ce n'est celui de la promenade de recherche des précieuses plantes...
Un dernier avantage... Les enfants adoraient jouer sur le toit du logement, et tout particulièrement sauter du toit de la timonerie sur celui de la cuisine quand on était en dessous. Maintenant, c'est défendu, pour la survie de l'isolant ...
Ultime détail, qui ne manque pas de sel.
Savez-vous que dans le jardin potager du Château de Versailles, on cultive des Sedum (l'une des espèces de Crassulacées qui couvrent mon toit) que Louis XIV aimait beaucoup comme condiment dans ses salades... J'ai goûté, c'est délicieux, mais je n'en parle pas trop, car je tiens à la garder, mon isolation naturelle...
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